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Nom prédestiné

Rédigé par : Yves le 20 octobre 2009

J’ai le regret de vous apprendre, si vous ne le savez déjà, que la rue de l’Avenir, dans le XXe, large, rectiligne, mais courte est une impasse.
ça ne s’invente pas.

l’ile saint Louis dans les yeux

Rédigé par : Yves le 25 septembre 2009

Rentrant hier par un de mes parcours préférés, le long de la Seine, j’ai découvert l’installation (en cours) d’immenses photos de regards sur les murs des quais de l’Ile saint Louis. Ces regards en noir et blanc de 5 mètres de haut et vingt de long créent un curieux décor. Ils sont pour le moins inattendus. J’ignore totalement quelle peut être la motivation de l’artiste: pourquoi des yeux? pourquoi des photos collées sur la muraille? Et des promoteurs de cette opération.
Pour ma part ces paires d’yeux ont constitué une occasion de regarder autrement ces lieux. En particulier de redécouvrir la hauteur de l’ile par rapport au fleuve.
J’ignore combien de temps cela restera en place, mais vous conseille d’aller faire un tour par là-bas. Pour y jeter un œil.

Les trottoirs ont la parole

Rédigé par : Yves le 24 août 2009

Je vous avais dit, jusqu’à présent, courir le nez en l’air à l’affut de bizarreries ou de jolies choses. Depuis peu je regarde un peu plus où je mets les pieds. Je me suis en effet rendu compte que des signes urbains, de plus en plus, se posaient à terre. Les signes ont atterri.
D’abord les indications, les interdictions et les injonctions destinées à ceux qui se partagent la rue: automobilistes, cyclistes et piétons. On est loin des très discrets passages cloutés des chaussées pavées qui délimitaient les bandes où les marcheurs avaient le droit de couper la route aux voitures. Aujourd’hui, on définit les zones de stationnement, les espaces réservés aux handicapés, aux livreurs et aux transporteurs de fonds à grands coups de bandes blanches, jaunes ou rouges. On précise de la même manière les couloirs de bus en précisant ceux qui sont ouverts aux vélos et ceux qui ne le sont pas. Pour compliquer un peu les choses on a créé des micro-couloirs à contre-sens pour les vélos. Signifiés en vert.Des flèches voudraient imposer aux conducteurs la direction à suivre… Sans compter aux abords des passages protégés les plaques blanches couvertes de pustules qui cherchent à prévenir les non voyants, légèrement chaussés, que le danger s’accroit encore pour eux.
Lorsque l’ordre investit par ses messages un espace avec l’ambition de le policer, les amoureux du désordre s’en emparent souvent, immédiatement après. La contestation aime la confrontation.
Les tags, s’ils ne désertent pas les murs, s’y font plus discrets. Les amendes et les campagne d’effacement semblent avoir une certaine efficacité. Signatures plus ou moins élaborées, marques peintes, graphismes abstraits se multiplient sur le bitume des trottoirs et des chaussée.
Les pochoirs également. Et fleurissent désormais par terre des aphorismes inattendus. Je vous en livre deux, d’inspiration clairement plus révolutionnaire que poètique, relevés dans un parcours à travers Belleville hier après-midi. “Le patriarcat nous détruit. Piétinons le patriarcat.” Et “Danton K C Danton Q.”
Repérés sur le même trajet un appel à une manifestation en souvenir de “Lamine, mort dans un fourgon de police” et un portrait de Karl Marx avec cette légende: ça arrive”!

Grosses morilles et balcons verts

Rédigé par : Yves le 17 août 2009

Il y a, boulevard Sérurier (19e), lorsqu’il descend vers la porte de Pantin, un groupe d’immeubles récents qui, hormis leur couleur claire, me font penser à de grosses morilles. Ils ont poussé là, à l’ombre du beau lycée technique Diderot un peu plus haut dans la pente. Leurs formes irrégulièrement renflées et plissées, alternant arrêtes et creux, suffiraient déjà à me les rendre plaisants. Ils font partie de ces immeubles qui annoncent la fin du lisse, poli à coup de verre et de métal pendant plusieurs décennies. Si le mouvement qui déplace les lignes est haïssable, les lignes sans mouvement sont méprisables.
Plusieurs astuces de construction, des coquetteries d’architecte joueur, ont fini de me séduire.
Les balcons, courant à chaque étage sur la totalité de la périphérie des immeubles, ont été subtilement travaillés. Un grand rideau de polycarbonate guidé par un rail accroché au balcon de l’étage supérieur, permet de transformer ces vastes surfaces ouvertes en serres. Une bonne solution pour mettre les plantes à l’abri des nuits d’hiver. Ce voile isolant doit également autoriser les diners entre dedans et dehors quand les soirées fraichissent.
Plus subtil, les garde-corps sont implantés à une trentaine de centimètres du bord de la dalle. La petite bande à l’abri de tout piétinement est végétalisée. Quelques succulentes s’y mêlent aux graminées et soulignent le balcon d’un discret trait vert. Les oiseaux et le vent se chargeront d’enrichir cet élément de décor naturel et la pluie le fera prospérer.
Je ne peux pas connaitre les performances énergétiques de ces bâtiments, mais je salue la sobriété de leurs créateurs qui contrairement à certains n’ont pas cherché de démonstration en la matière. On entraperçoit des panneaux photovoltaïque sur le toit, mais ils sont dissimulés au maximum.
Je crois que pour convaincre l’écologie a tout intérêt à montrer qu’elle peut être discrète.

Ils ont rasé le Taj Mahal

Rédigé par : Yves le 14 août 2009

Le chantier du malheureux centre commercial de Beaugrenelle a fait couler presqu’autant d’encre qu’il a soulevé de poussière. Aujourd’hui c’est Beyrouth. Il y a d’étonnants clichés à faire : des ruines en plein Paris. Béton concassé et ferrailles tordues sur les bords de Seine.
Mais, à deux pas, un autre chantier est passé inaperçu et n’a ému personne sauf quelques riverains et pourtant… Il ne s’agit pas moins que de la destruction du Taj Mahal.
Dans un passage entre la rue des entrepreneurs et l’avenue Émile Zola, se dressait un restaurant indien qui, plus encore que les autres établissements de la même origine, avait forcé sur le décor façon “comme là bas”. Il occupait tout un côté du passage. Sur deux niveaux, dômes, minarets et calligraphies tracées dans le stuc annonçaient sans détours la couleur de la gastronomie pratiquée dans cette gargote. Son importance et sa magnificence lui avaient fait choisir le nom du tombeau de l’épouse préférée de l’empereur moghol Shâh Jahân (”le roi du moonde”). En toute simplicité.
Ce parrainage n’a pas suffi à protéger l’établissement de la convoitise des promoteurs, plus efficace qu’un séisme.
Sur les ruines du palais, “de rares maisons de ville avec terrasses” finissent d’être construites et cherchent acquéreurs. Les panneaux publicitaires vantent un endroit calme et une situation exceptionnelle. Les futurs habitants sauront-ils seulement qu’ils occupent un lieu chargé de références.

Voies sans issues

Rédigé par : Yves le 13 août 2009

Dans le onzième, la rue de l’enfant Jésus est une impasse.
Dans le quinzième, on croise l’impasse de l’Eglise. La Chapelle a certes, dans le dix-septième, une porte, une avenue, un boulevard, une place, une cité, mais, elle aussi, a son impasse.
Sans compter l’impasse Christi.
Paris, si l’on en croit sa toponymie, ne semble pas très confiante dans la religion.
Si on excepte le grand nombre de rues consacrées à des Saints, la ville semble même gênée par les noms pouvant avoir des correspondances trop claires avec la religion. Un excès de neutralité laïque, inconscient?
Longtemps ainsi, la rue du Paradis s’est vue affublée d’un complément très prosaïque. C’était la rue de Paradis-Poissonnière. Et si j’en crois mon vieux Monopoly, il n’y a pas longtemps que le “de” s’est transformé en “du”, donnant au nom une autre élévation.
Dans le 14e, on semble confondre purgatoire et enfer. Ce dernier se voyant nommer un passage alors que s’il est un séjour définitif, c’est bien celui-là.
Quand il y a un pont dédié à Marie, ne pensez pas qu’il s’agisse d’un hommage à celle qui a fait la liaison entre le ciel et les hommes. Le Marie en question était tout simplement l’ingénieur du XVIIe (siècle) à qui on doit l’édifice.
Même Dieu est très humain et très mortel à Paris. La rue, du dixième (arrondissement) qui porte ce nom n’est pas vouée à l’être suprême, mais à un obscur général, mort à la bataille de Solferino.

Les touristes sont là

Rédigé par : Yves le 7 août 2009

Paris, au mois d’août, appartient aux vacanciers.
Pour s’en convaincre, il suffit de prendre le métro.
Plus question de vigilance anti-terroriste incitant les voyageurs à signaler les colis suspects. L’heure est à la vigilance anti-pickpocket invitant à fermer les sacs à main et à cacher les portefeuilles.
Pas de petits pois à 1 € le kilo, ni de lessive lavant plus blanc, l’affichage est presqu’entièrement consacré à vanter les mérites de sites, musées ou spectacles où les parisiens (à tort ou à raison) ne mettent jamais les pieds. Des Folies bergères au musée du Jeu de paume.
Les espaces restant sont consacrés à des distractions un peu moins culturelles pour les enfants des touristes consciencieux qui veulent emmagasiner du souvenir. La Fête des loges, la Mer de sable, Aventurland, Disneyland… rivalisent de séduction.
C’est l’été en douce.

Les touristes me font plaisir

Rédigé par : Yves le 30 juillet 2009

Les étrangers qui visitent Paris m’offrent d’agréables occasion de sourire. En particulier quand ils me font redécouvrir des situations habituellement noyées dans la banalité du train-train quotidien.
Ce matin par exemple, l’excitation bruyante de toute une famille nordique: le père, la mère et trois enfants m’a amusé. Ils avaient réussi à se glisser dans la rame de métro au moment où les portes se refermaient. Tous sans en laisser un sur le quai et sans dommages physiques ni matériels. Grâce à eux cette pratique inutile mais tellement parisienne, reprenait un peu de sel. Leur joie d’avoir franchi avec succès cette épreuve d’initiation était communicative. J’ai presque envie de me remettre à ce sport que mon âge et ma sagesse m’avaient fait abandonner, il y longtemps déjà. J’aurais même eu la tentation de réprouver cette attitude qui participe au retard des rames. C’est décidé je réessaye dès que l’occasion se présente. Pour savoir si je suis encore capable de goûter cette petite montée d’adrénaline créatrice de bouffées de bonheur.
Vraiment les touristes me font plaisir. Rien que de les voir penchés sur leur plan donne à la ville un côté terra incognita tout à fait dépaysant. Révé pour qui passe l’été à Paris.

drôles de cultes

Rédigé par : Yves le 23 juillet 2009

La rue François Bonvin a d’abord été pour moi, celle du tri postal du 15e arrondissement. Puis celle d’un bon bistrot “le Troquet”. Mais je n’avais jamais prêté attention à l’église d’apparence banale qui s’y dresse. De style néo-gothique, sans ambition ni fantaisie, elle m’avait toujours parue peu digne d’intérêt. Erreur! Consacrée à Sainte Rita (la patronne des causes désespérées: imaginez, cette Italienne, contemporaine de Jeanne d’Arc, a réussi à adoucir un mari irascible et violent), l’église est précédée, sur la gauche du porche d’entrée, d’un oratoire visible de la rue, où la représentation de la sainte est entourée d’ex-voto de désespérés ayant retrouvé l’espoir, grâce à elle. Une forme de reconnaissance du miraculeux rarement manifesté aussi publiquement à Paris.
Plus exceptionnel, cette modeste construction sans âme est une cathédrale. Celle de l’Église Gallicane!
Renseignements pris cette Église, héritière de Bossuet (tout au moins s’en réclame-t-elle) compte quelques paroisses en France et en Belgique. Elle se caractérise par son refus, il y a des siècles déjà de reconnaître au Pape une autorité supérieure à celles du synode des évêques. Fidèle à sa ligne de conduite, elle a également refusé le dogme de l’infaillibilité papale. Pour le reste l’Église gallicane pratique une liturgie conforme, à quelques iotas près, à celle des catholiques traditionalistes. Exception faite de son attention particulière portée au règne animal. Au point de consacrer à nos amies les bêtes une messe annuelle, et d’accepter que les fidèles assistent à l’office dominical en compagnie de leur compagnons à quatre pattes. Et ce ne serait même pas un positionnement marketing propre à drainer une clientèle abandonnée par les autres Églises.
Non loin de là, à l’angle de la rue Clouet et du boulevard Garibaldi une minuscule chapelle Byzantine ou Orthodoxe a pignon sur rue depuis seulement quelques années. Elle a été installée dans une ancienne épicerie et si aujourd’hui elle n’a plus comme originalité que sa situation en bas d’un immeuble entre deux commerces et les couleurs vives de sa façade, au moment de son installation, pendant plusieurs mois, on pouvait voir officier un pope derrière la vitrine d’une épicerie portant encore cette destination sur son fronton.
Impossible de ne pas mentionner Saint Séraphin dans un texte sur les lieux de culte surprenants du 15e. Elle figure dans tous les guides un peu pointus. À juste titre! Au 91 de la rue Lecourbe, dans la deuxième cour, au milieu des arbres, cette église en planches, surmontée d’un bulbe bleu comme le plus beau ciel d’été, rappelle l’importante implantation d’immigrants russes dans l’arrondissement. Dépaysement garanti.

Odeurs

Rédigé par : Yves le 20 juillet 2009

Marées pas très fraiches, juste après que les poissonniers forains ont remballé leur étal; pots d’échappements au plus forts des embouteillages de 18 heures, crottes de chiens avant que les hommes en vert aient donné du balai et très vite après, pourritures débutantes derrière les bennes à ordures, graisses brulées autour des rôtissoires à poulets… Quand je pense aux odeurs de Paris, j’ai plutôt envie de plisser le nez, dégoutté.
Pourtant la ville offre de bonnes surprises à celui qui chemine narines au vent.
La dernière en date: une bouffée de jasmin en arrivant en haut de la rue de Ménilmontant. Contre la grille du square des Saint Simoniens, un énorme jasmin est en pleine exhalaison. un vrai bonheur à un endroit où on s’attend, au mieux, aux parfums plus acres de l’herbe fumée.
Le nez dans mes pensées, je me suis souvenu des ces lourdes fragrances de terre mouillée lors du gros orage de la semaine dernière. Puis des tilleuls de juin, des buis des Buttes Chaumont, du pain chaud des petits matins, des sapins des fleuristes à Noël…
Paris ne sent pas plus mauvais qu’une autre. Elle a ses humeurs. Variables.

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