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La course des chariots

Rédigé par : Joël Chaboureau le 19 septembre 2008

Un candidat de plus cette semaine pour la course aux chariots destinée à combattre la sinistrose qui gagne la France entière pénétrée de l’idée que le pouvoir d’achat est en chute libre. Devant l’incrédulité et la perplexité de nos compatriotes à chaque publication des indices mensuels de l’INSEE (dont la fiabilité n’a jamais été mise en doute, mais qui contrastaient tellement avec ce qui était constaté tous les jours par ceux qui effectuaient des achats), la réponse de nos politiques se veut pédagogique : il s’agit de constituer un panel de produits (si possible achetés fréquemment par les familles) et observer l’évolution de leur prix au cours du temps.

Le premier à s’être présenté sur la ligne de départ est notre ancien grand argentier Thierry Breton. Malheureusement, une fois le chariot constitué, il semble qu’il ait rapidement effectué une sortie de route qui lui a été fatale. Difficile de savoir aujourd’hui ce qu’il est devenu. A notre connaissance, c’est le journal “Le Parisien” qui a pris le relais. Chaque mois, ce confrère publie les prix d’une liste de produits (avec une colonne pour Paris et une autre pour la Province). Les résultats sont tellement étranges qu’il n’appellent de la part du journal que peu de commentaires. Il semblerait en effet que si le panier francilien est en légère hausse, celui de la Province est régulièrement en baisse.

Heureux consommateurs dubitatifs, un troisième concurrent va bientôt nous mettre tous d’accord. Il s’agit de Luc Châtel. Le suspens est encore grand quant au contenu de son véhicule. Mais je suis sûr que quand il va lever le voile, nous allons tous en rester bouche bée. Et commencer à “compter les œufs dans le cul de la poule” comme disait ma grand-mère en affectant par avance les gains de pouvoir d’achat à la relance de notre économie.

Pour que la fête soit complète, il ne manque que la contribution de notre ministre à dépenser plus, Christine Lagarde. Nul doute qu’elle ne se contentera pas de rester au paddock et qu’elle souhaitera elle aussi se précipiter dans la course. Pour le plus grand bonheur de ceux qui font réellement les courses !

Vache à lait

Rédigé par : Joël Chaboureau le 11 septembre 2008

Difficile d’y voir clair dans le débat qui oppose les compagnies pétrolières, le consommateur et l’Etat. En première analyse, on ne peut que dire “haro sur les pétroliers” prompts à répercuter les hausses de prix du brut et beaucoup moins rapides à faire bénéficier le consommateur final des baisses. Les chiffres sont parlants : entre juillet et septembre, le prix du baril de pétrole est passé de 144,2 à moins de 100 dollars (- 30 %) pendant que les prix moyens à la pompe (en euros) ont baissé de 4,3 %. Alors que la main sur le cœur, en décembre 2007, les pétroliers avaient assuré Christine Lagarde, notre ministre du pouvoir de dépenser, répercuter les baisses le plus vite possible.

Il faut dire que les choses sont loin d’être simples. Si l’on considère que l’essence vendue à la pompe est obtenue avec du brut acheté plusieurs mois plus tôt, on ne comprend pas l’impatience des pétroliers à faire monter le prix de l’essence au moment même où le baril flambe. Une mécanique que l’on met en avant pour justifier le manque d’empressement à baisser les prix à la  pompe quand le prix du brut fléchit… Autre nuage de fumée : le billard à trois bandes entre le prix du pétrole en dollars et la valeur relative du dollar par rapport à l’euro. Quand le dollar s’apprécie, le prix du brut (en dollars) diminue mais pas en euros.

Tout ça peut nous donner mal à la tête ! Reste dans cette affaire la grande ambiguïté de Bercy. Car il faut se souvenir que le prix de l’essence est grevé par la fameuse taxe sur les produits pétroliers (qui compte pour 80 % du montant). Et que sur les prix de vente au consommateur, l’Etat prélève la TVA (19,6 %). Ce dernier n’a donc rien à gagner d’une chute importante des prix au consommateur. Au premier trimestre 2008, les taxes (TVA et TIPP) ont ainsi rapporté 120 millions d’euros de plus que prévu grâce à la flambée des prix du baril. Quand on dit que l’automobiliste est une vraie vache à lait…

Le seigneur des anneaux

Rédigé par : Joël Chaboureau le 10 septembre 2008

Les superlatifs ne manquent pas pour caractériser le “collisionneur de particules géant” mis en service le 10 septembre par l’organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). “La machine à décrypter l’univers”, selon le Monde , “le cœur de la matière disséqué”, selon Libération. Seul le Figaro de ce jour n’y va pas de son évènement.

De quoi s’agit-il en réalité ? De faire tourner deux faisceaux de protons (composants de la matière) en sens inverse à une vitesse proche de celle de la lumière (300 000 km/seconde) pour observer les collisions entre protons. Objectif : étudier la matière telle qu’elle était une minuscule fraction de seconde après le Big bang. Il a fallu pour cela investir 3,7 milliards d’euros pour construire un anneau de 27 km enterré à 100 m sous terre et refroidi à une température proche du zéro absolu (-271,3 °C). Accélérés par plus de 1000 aimants, les protons feront 11000 fois le tour de cet anneau par seconde (à une vitesse de 1 milliard de km/heure) si tant est que l’on fournisse une puissance électrique de 120 MW.

Les chercheurs en attendent des réponses à des questions fondamentales :  Pourquoi les choses ont-elles une masse ? Où est passée l’antimatière ? Comment s’est formé l’Univers ? Existe-t-il d’autres dimensions ? La version moderne du bon vieux  “D’où venons-nous ?” et “Où allons-nous ? ” qui agite l’homme depuis qu’il a pris conscience de son existense. La perspective même de trouver ces réponses me fait froid dans le dos…

Vive le vent…

Rédigé par : Joël Chaboureau le 9 septembre 2008

Difficile de louer le vent sans arrière-pensée après les récents drames provoqués par les cyclones Gustave et autres Ike. C’est pourtant ce qu’on aurait tendance à faire quand on observe la croissance des chiffres de la production d’électricité d’origine éolienne. Elle a triplé en quatre ans passant de moins de 400 MW en 2005 à 1200 MW en 2008 (prévisions).

Même si l’énergie produite n’atteint pas encore 1 % de notre consommation, il faut constater que le parc est en progression exponentielle. Car, en Europe, la France a, après le Royaume Uni, le meilleur potentiel à exploiter pour ce type d’énergie. De moins de 100 éoliennes par an entre 2000 et 2003, il s’en est installé près de 400 en 2006, 550 en 2007 et on en prévoit plus de 600 en 2008. Notre pays doit en effet satisfaire aux engagements européens et produire, en 2010, 20 % de son énergie de façon renouvelable.

Faut-il s’en réjouir ? Ceux qui se promènent dans des paysages grandioses et qui découvrent au sommet d’une colline une “forêt” de tripales de couleur blanche qui tranchent sur le paysage font généralement grise mine. Quand elles tournent, on en voit la finalité. Quand les pales pendent lamentablement, le sentiment qui domine est celui d’une grande incompréhension. Qui saura le sentiment qui habitait, jusqu’à une époque récente, le cavalier qui chevauchait dans un joli paysage lorsqu’il découvrait les dizaines de moulins à vent ?

C’est sûrement Chantal Jouanneau, la présidente de l’Ademe (Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie), qui apporte la contribution la plus pertinente à ce débat en soulignant au cours d’une interview parue dans “le Figaro” que le plus grand défi n’est pas la production d’électricité ‘”verte” mais bien la maîtrise de notre consommation d’énergie. Pour que l’on puisse chanter à nouveau “Vive le vent”. Sans arrière pensée mercantile.

Corps à vendre

Rédigé par : Joël Chaboureau le 5 septembre 2008

On connaît tous le plus vieux métier du monde : vendre son corps. Un métier très bien payé, comme l’avouait, non sans humour un jour une praticienne en reconnaissant “Je suis littéralement assise sur une mine d’or “… Il paraît même que l’existence de la marque prendrait son origine dans cette pratique. Mais c’est une autre histoire.

Si, pendant longtemps, c’est la globalité du corps qui a intéressé les “acheteurs”, je devrais dire les “loueurs”, on est passé depuis peu à une étape différente : la commercialisation d’un élément du corps. On a beaucoup parlé de ceux qui vendaient un organe comme le rein, ou même qui étaient rémunérés pour un prélèvement sanguin. Aujourd’hui, on aurait tendance à acheter une potentialité avec l’apparition de la rémunération - interdite dans notre pays, mais pour combien de temps ? - des dons d’ovocytes.

Le principe : une femme ménopausée, ou n’ayant plus d’ovulation suite à une maladie, se voit implanter un ovule fécondé - par le sperme de son compagnon mais pas obligatoirement - obtenu après prélèvement sur une donneuse. Et c’est cette phase qui pose problème, la donneuse volontaire devant subir un traitement hormonal pour stimuler les ovaires, des prises de sang, des échographies et enfin une anesthésie pour effectuer la ponction.

Résultat : en 2006, 1100 couples attendaient un don, 228 femmes en ont bénéficié et une centaine d’enfants seulement sont nés.  Il est donc tentant de se rendre à l’étranger - en Espagne notamment - et de régler une somme pouvant aller jusqu’à 5 000 euros qui viendra dédommager la donneuse pour tous ces désagréments.

Je sais bien - pour être un père heureux d’avoir eu les enfants qu’il voulait au moment où il avait choisi d’en avoir - combien peut être fort le désir d’enfant et irrésistible l’appel de la paternité ou de la maternité. Mais est-ce une raison pour tolérer que les règles du marché s’appliquent à ce territoire de l’intime ? J’aimerais que ceux qui lisent cette chronique viennent apporter leur opinion.

Une RGPP pour les médecins ?

Rédigé par : Joël Chaboureau le 18 juillet 2008

Après la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) pour l’Administration, ne voit-on pas poindre la RGPP (Révision générale des Pratiques des Praticiens) pour ce qui concerne le secteur de la médecine libérale ? C’est ce qui semble se dessiner dans les négociations actuelles entre la Caisse d’assurance maladie et les médecins libéraux. L’enjeu est de les amener à signer à chacun un contrat individuel de performance, par lequel ils s’engageraient à effectuer un certain nombre d’actes de prévention (mammographie pour dépister le cancer du sein, vaccination contre la grippe pour les plus de 65 ans…) ou même de suivi de maladies chroniques (fond d’œil annuel pour les diabétiques…). Ils seraient aussi jugés positivement s’ils augmentent (à performances égales) le nombre de génériques prescrits par rapport aux médicaments de marque. A la clef pour les “bons élèves” plusieurs milliers d’euros de prime annuelle.

Si la Caisse admet volontiers que de tels contrats augmenteraient à court terme le volume des actes à rembourser (consultations et examens), elle ne doute pas d’être gagnante sur le moyen et le long termes avec une meilleure efficacité des prescriptions et une diminution des pathologies lourdes.

Reste à savoir combien de médecins adhèreront et quels seront les termes exacts du contrat (comment fixer des objectifs réalistes mais comparables alors que chaque cabinet médical suit une population de patients différente ?). Selon certains médecins, il est plutôt intéressant de voir que la Cnam semble commencer à vouloir reconnaître à sa juste valeur le temps que les médecins passent à faire de la  prévention. Il est en effet plus long pour le professionnel de santé d’expliquer l’intérêt d’une prévention que d’effectuer une simple prescription. Surtout s’il a choisi d’être en secteur 1 et de percevoir 23 euros pour une consultation.

Voiture et identité territoriale

Rédigé par : Joël Chaboureau le 20 juin 2008

Réformer notre vieux pays est un exercice difficile : depuis un an, et malgré toute cette belle énergie dépensée, les exemples abondent de volontés haut et fort affirmées qui ont conduit parfois à des reculs sans gloire.

Une résistance au changement est apparue là où je ne l’attendais pas : sur la modification du système national d’immatriculation des véhicules. On savait que la voiture était un vecteur important d’identité personnelle. Là voilà qui se retrouve sur un autre terrain, celui de l’identité collective. Et non pas régionale comme on pouvait s’y attendre (qui est très forte, les Bretons et autres Basques, sans oublier les Corses, ne manquent pas une occasion de le rappeler) mais départementale, cet échelon administratif que l’on pensait plutôt appelé à disparaître avec l’avènement de l’Europe des régions.

Relayée par leurs représentants, de plus en plus nombreux, la fronde porte sur la suppression du numéro du département, conséquence logique de la volonté du législateur “d’alléger et de simplifier les démarches administratives des usagers lors de l’obtention d’un véhicule” qui passe par l’attribution dès sa première mise en circulation d’une plaque à vie. Les chiffres sont d’éloquents avocats de la réforme : 3 millions de véhicules neufs se voient délivrer une carte grise chaque année et 6 millions de véhicules d’occasion changent se mains. L’occasion d’effectuer un grand ménage : pour environ 40 millions de véhicules en circulation, les fichiers de l’état possèderaient 150 millions de dossiers…

Alors, quelles solutions ? Parmi les départements les plus en pointe, on trouve le 62 (effet “chtis” ?) et le 85 (effet de Villiers ?). Ils sont bravement montés au front, le premier délivrant aux automobilistes des autocollants “le 62, c’est nous”, le second adressant un courrier indigné au président de la république lui demandant de “revenir sur cette mesure”.

Résultat : la future plaque devrait conserver un emplacement destiné au numéro du département. L’identifiant local retenu pourrait comporter sur la droite de la plaque “le numéro du département choisi surmonté du logo de la région correspondante”. L’histoire ne dit pas ce qui se passera quand le véhicule changera de département…

Info anti déprime

Rédigé par : Joël Chaboureau le 19 juin 2008

Passionné de foot au bord de la déprime après la piètre prestation des Français à l’Euro 2008, Européen convaincu effondré après le non des Irlandais, Rurbain sidéré devant le montant atteint par le budget carburant, désespéré du pouvoir d’achat, voici une raison de retrouver le sourire. Elle nous vient - et ce n’est pas une blague - des Etats-Unis.

La ceinture est bien attachée ? Un cabinet américain basé à Baltimore, “International Living”, vient de publier le palmarès mondial de l’indice “qualité de la vie”. Et, cocorico, notre douce France se trouve au premier rang sur 192 pays classés selon 9 critères affectés d’un coefficient : coût de la vie, culture et loisirs, économie, environnement, libertés publiques, santé, infrastructures, sécurité et risque, climat. Notre pays obtient une moyenne de 85 sur 100 alors que la Suisse (et pourtant !) nous talonne avec 84, les Etats-Unis suivant derrière avec 83. Elle est pas belle la vie ?

Un coup d’œil dans le fond du classement ? Les pays qui obtiennent un score entre 29 et 39 se trouvent quasiment tous en Afrique centrale et équatoriale, et celui qui occupe la dernière place du classement est l’Irak…

Tous propriétaires (1) ?

Rédigé par : Joël Chaboureau le 12 juin 2008

La crise des subprimes a mis en lumière les difficultés de l’accession à la propriété que rencontrent les Etats-Uniens. Et jeté le doute sur la situation réelle de l’immobilier dans notre pays. De récentes études sont venues éclairer la situation de ce secteur vital pour notre économie. Car, en marge des formules comme “Quand le bâtiment va tout va” dont je ne sais ni qui l’a prononcée ni à quoi elle se réfère, il faut souligner que notre croissance lui doit beaucoup : la moitié lui est imputable en 2005 -2006. Et 4 millions d’emplois en dépendent directement ou indirectement.

Quand on parle de logement on aborde généralement trois thèmes : la pénurie de biens due à la faiblesse des mises en chantier, le niveau des prix qui n’en finit plus de monter et les difficultés du crédit (ah, la frilosité des banques !). La pénurie de logements est réelle et elle pèse sur les prix. Mais elle est inégalement répartie sur notre territoire et le niveau actuel des mises en chantier des logements neufs - qui n’a jamais été aussi haut avec 436 000 en 2007 - ne suffira effectivement pas à répondre à la demande à moyen terme. Il faut dire que la quantité de divorces et l’augmentation du nombre de célibataires exercent une pression très forte sur la demande…

Le deuxième sujet de débat est le niveau des prix. Pour mieux comprendre, il est intéressant d’utiliser un ratio simple et réaliste. Entre 1965 et 2001, les prix ont toujours été voisins de 2,5 années de revenu par ménage. Depuis, ils ont tendance à représenter quatre années de revenu… Cette hausse s’explique par une tension sur la demande (la fameuse loi de l’offre et de la demande) mais aussi par le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt. Ces derniers atteignaient 11,5 % en 1996, ils sont descendus à 4,5 % en 2005. Parallèlement, les durées de remboursement ont explosé : les deux tiers des crédits accordés ont jouxté ou dépassé vingt ans en 2006 alors qu’ils n’en représentaient pas le quart en 2000.

Alors heureux les propriétaires en France ? Nous aborderons ce thème dans une prochaine chronique.

Le blues des belles-mères

Rédigé par : Joël Chaboureau le 11 juin 2008

La multiplication de familles recomposées produit un dommage collatéral là où on s’y attendait pas forcément : le statut et le moral des belles -mères. Le premier est difficile à institutionnaliser, le second est au plus bas. Et ce n’est pas anodin : plus de 500 000 femmes élèveraient aujourd’hui des enfants qui ne sont pas les leurs.

Il faut dire que la littérature ne les a pas vraiment aidées. Chacun se souvient en effet par exemple de la belle-mère de Blanche-Neige, dépeinte comme une véritable marâtre.

Entre être la nouvelle compagne du père, la mère de substitution, voire une copine si la différence d’âge est plus faible, pas facile de trouver une place aux côtés de la mère biologique parfois bienveillante, le plus souvent ennemie jurée. D’autant plus que les pères ont également bien du mal à intervenir dans la relation, préférant quand les choses s’enveniment laisser le mauvais rôle à leur compagne.

Qui un jour pourra mettre en musique la complainte des belles-mères ?

Les filles sur le podium

Rédigé par : Joël Chaboureau le 10 juin 2008

La différence entre les hommes et les femmes - eh oui, ce n’est pas faire preuve de sexisme que de dire qu’il y en a une - n’en finit pas d’alimenter les conversations (voire les ragots…) de notre quotidien. Même si des représentantes du sexe dit faible ont fait la preuve de leur valeur et, depuis peu il est vrai à l’échelle de l’humanité, conquis un à un les bastions que l’on a crus pendant trop longtemps réservés aux hommes, leur position relative par rapport à celle du sexe dit fort est loin d’être acquise.

Je me souviens ainsi avec émotion de Anne Chopinet, parmi les 7 premières femmes à intégrer Polytechnique, entrée qui plus est major de sa promotion (un évènement presque planétaire), de la première Française à piloter un avion de chasse (le Figaro vient de le rappeler dans sa rubrique photo souvenir), de la première cosmonaute (ah que n’a-t-on jasé sur les relations sexuelles dans l’espace !). Si les femmes ont tant progressé, c’est qu’on leur a ouvert les portes des écoles et qu’on leur a permis d’accéder à la connaissance. Et c’est là qu’elles ont prouvé que les filles ont de bien meilleurs résultats scolaires que les garçons.

Forcément l’anatomie…

Comment peut-on expliquer cette différence de performances entres les deux sexes ? Les neurologues (toujours des hommes…) ont tenté de trouver son origine dans la composition ou même la taille des cerveaux. Ainsi, l’aptitude au langage, qui serait une des caractéristiques de la femme, a un temps été imputée au fait que celles-ci mobilisaient leurs deux hémisphères cérébraux alors que les hommes peinaient à n’en utiliser qu’un seul. La neurobiologiste Catherine Vidal, dans un ouvrage concis et pertinent (Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? éditions Le pommier) taille en pièces toutes ces théories affirmant que le balancier est au point mort : les capacités cérébrales ne seraient pas en cause.

Les sociologues se sont pliés au même exercice. Ils ont constaté que les filles adhéraient à des formes de socialisation qui leur donnaient une longueur d’avance à l’école alors que, dans le même temps, certains comportements belliqueux des garçons leur procuraient un déficit concurrentiel. Par ailleurs, les filles seraient conscientes très tôt que leur émancipation et leur liberté de choix passent par leur réussite scolaire, ce qui influe positivement sur leur comportement par rapport à l’institution scolaire.

Les choses ne sont pas gagnées pour autant. On n’a jamais vu, à ma connaissance, souligner dans un portrait consacré à un grand patron ses qualités plastiques ni son charme naturel. Ce que le portrait que le Monde a consacré récemment à Patricia Barbizet, présidente du conseil de surveillance du groupe PPR, mettait rapidement en avant en saluant son entrée dans le conseil d’administration de Total. Pour appuyer son propos, le rédacteur les mettait dans la bouche de Christophe de Margerie, le PDG. Pour faire meilleur poids sans doute…

Quand les extrêmes se rejoignent…

Rédigé par : Joël Chaboureau le 3 juin 2008

Qui l’eût crû ? Les grandes barres des années 60 qui hérissent l’Est parisien ont quelque chose en commun avec les magnifiques immeubles hausmanniens du XVIe arrondissement de notre belle capitale. Mais l’un comme l’autre n’ont pas de quoi en être fiers. Selon le rapport que l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a consacré à l’habitat et à la question climatique, ce sont les deux types d’immeubles dont le chauffage produit le plus d’émissions de carbone. Et qui contribuent donc le plus au réchauffement climatique. Résultat : sur une carte de Paris, c’est bien la seule fois que j’ai vu le XVIe arrondissement arborer la couleur rouge…

Plus sérieusement, les raisons en sont différentes. Et les remèdes pour qui souhaiterait réduire l’impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont évidents ni dans un cas ni dans l’autre. Les grandes barres des années 60 largement ouvertes sur l’extérieur avec des grandes baies équipées de simple vitrage sont très mal isolées, le problème de l’énergie et de son impact sur l’environnement n’étant pas encore pris en compte dans les années où ils sont sortis de terre. Quant aux immeubles hausmanniens, toujours selon le rapport de l’Apur, ils ont été conçus avec des chauffages collectifs équipés de chaudières au charbon. Ces dernières ont depuis été remplacées par des brûleurs au fioul, de loin l’énergie la plus émettrice de GES.

Alors, que faire ? D’abord mettre en place des compteurs individuels dans les immeuble équipés de systèmes de chauffage collectif. Cette installation a en effet, même dans le XVIe, un résultat immédiat sur la consommation… Et brancher, quand c’est possible, ces installations sur le chauffage urbain (CPCU) qui produit de la chaleur en incinérant les monceaux d’ordures ménagères collectées chaque jour dans Paris. Pas facile, même quand le réseau ne passe qu’à une centaine de mètres de chez soi. Nous avons eu l’occasion, dans notre propre copropriété - même si elle n’est pas située dans le XVIe - de faire chiffrer l’extension. Avec la meilleure volonté du monde, l’ensemble des copropriétaires a reculé devant l’énormité de la dépense. Qui est sans conteste un des facteurs limitants de la citoyenneté…

Le coup du poisson

Rédigé par : Joël Chaboureau le 30 mai 2008

Dès que j’ai pu monter dans une voiture, on m’a parlé du “coup du lapin”. Un animal qui ne m’était déjà pas sympathique - il portait le mauvais œil sur les bateaux - et qui me faisait regarder en arrière, guettant la collision qui pourrait être fatale à mes cervicales. On en parle moins maintenant grâce aux effets conjoints de la ceinture de sécurité et des appuie-tête qui se sont généralisés.

Il me semble aujourd’hui que l’on découvre le coup du poisson, un sale coup porté à une des bases - et des plaisirs - de mon alimentation. Les coups pleuvent de toute part. Sur le plan nutritionnel d’abord, quand on découvre qu’une population qui mange du poisson plusieurs fois par semaine concentre plus de pesticides qu’une autre qui en consomme beaucoup moins. Sur le plan de la ressource ensuite, quand on n’arrête pas de lire que, trop pêchées, certaines espèces ne pourront jamais, même si on respecte un moratoire sur leurs captures, revenir à des niveaux antérieurs, la concentration de gamètes mâles étant si faible dans l’eau qu’ils ne peuvent plus féconder les œufs.

Le sale coup des coûts

Et maintenant, c’est le prix du poisson ou plutôt l’écart de prix entre le pêcheur et le consommateur qui pose question. Je cite Luc Blin, de la Fédération des organisations de producteurs de la pêche artisanale : “On n’arrive pas à expliquer au pêcheur comment le prix de son poisson, qui lui est payé 4 à 5 euros en moyenne le kilo, se retrouve à 27 euros en magasins.” Le Figaro de ce matin explique la formation du prix du merlan qui se négocie 1,73 euro le kilo à la criée quand le pêcheur le vend et qui se retrouve à 13,08 euros sur l’étal du poissonnier (source : Protéis pour Ofimer). Il y a sûrement une explication. Mais il faudra être persuasif pour faire accepter un coefficient multiplicateur entre 7 et 8. Sans jeter l’opprobre sur les marges des intermédiaires.

Il est peut-être opportun de réfléchir à une organisation de la filière différente qui permettrait soit à prix de vente identique de mieux rémunérer les pêcheurs - et ils en ont bien besoin pour faire face à la croissance de leurs charges - soit en conservant leur rémunération de mettre cet aliment à la portée de davantage de consommateurs.

Tous pour le progrès ?

Rédigé par : Joël Chaboureau le 28 mai 2008

“Le progrès n’est valable que s’il est partagé par tous”, comme suggère la formule. Je ne sais pas si tous ceux qui n’ont pas encore trouvé d’autre solution que la voiture pour circuler dans Paris (et donc se garer) apprécieront à sa juste valeur les progrès que pourrait entraîner l’expérimentation qui vient de débuter dans trois arrondissements de notre capitale et dans quelques villes françaises dont Boulogne-Billancourt et Angers.

Pour tenter de diminuer le taux d’impayés (on parle de 60 %, quelle déception pour les deniers de l’État…) des PV pour stationnement interdit ou gênant - qui est correlé avec le temps qu’ils mettent à parvenir au domicile du contrevenant - (et aussi soyons justes pour diminuer les coûts de traitement), il a été fait appel à la fée électronique. Résultat : les contractuelles (aubergines ? pervenches ?) vont bientôt être équipées d’un équipement moderne qui prendra la forme d’un stylo numérique destiné à remplacer ce bon vieux carnet à souches.

Une surprise directement à domicile

Ce petit bijou de technologie (dont le prix d’achat atteint quand même les 200 €) collectera de manière numérique les informations concernant les véhicules en infraction. De retour au bercail, les données sont déchargées dans un système automatisé de traitement qui enverra très rapidement la douloureuse. Ce “stylo” permet également d’éditer une petite note à laisser sur le pare-brise du véhicule et censée avertir l’automobiliste du montant de la surprise qu’il va bientôt découvrir à son domicile.

Si cette expérimentation - un système similaire fonctionne déjà à Gênes en Italie - est couronnée de succès, cette avancée technologique pourrait être généralisée. Même si des voix s’élèvent pour pointer les risques de grogne ou de contestation. Comme quoi le progrès, comme d’autres concepts, est une question de point de vue. En attendant que la flambée des cours du pétrole mette tout le monde d’accord sur le fait de laisser sa voiture au garage…

Tailler dans les dépenses

Rédigé par : Joël Chaboureau le 27 mai 2008

Nous avons tous entendu parler de la RGPP. Sous ce sigle un peu imprononçable, qui veut dire Révision générale des politiques publiques, se profile un instrument qui fait peur à tous les fonctionnaires d’abord et ensuite - à un autre niveau - à tous les citoyens : une grande paire de ciseaux destinée à tailler dans les dépenses publiques qui font le lit des déficits. Il faut rappeler ici que, chaque année, les dépenses de l’État dépassent le montant des recettes de quelque 35 à 45 milliards d’euros. Une bagatelle me direz-vous, mais qui vient augmenter un déficit déjà colossal !

Les peurs des uns et des autres sont fondées surtout sur des formules à l’emporte pièce qui laissent à penser que les coupes peuvent s’appliquer à n’importe quelle dépense. Il est toutefois un domaine où, apparemment, le grand ciseau entre moins facilement en action, c’est la communication politique. J’en veux pour preuve un des derniers opuscules qui a été publié par la direction du Service d’information du gouvernement : le “Guide des réformes et des mesures 2007 et 2008″, qui détaille les 55 réformes lancées, en un an seulement, quelle énergie ! par notre valeureux président.

“Diffusé à plus de 50 000 exemplaires auprès des décideurs”, précise le communiqué qui l’accompagne. Il y a fort à parier que ce document, imprimé en couleurs sur 80 pages d’un papier de bonne qualité, a été financé sur des fonds publics. Comme quoi quand il s’agit “d’information et de pédagogie auprès des Français”, comme dit encore le communiqué, il ne faut pas chipoter sur les moyens. Les services qui sont frappés par le postulat du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux apprécieront…

La maladie du sommeil

Rédigé par : Joël Chaboureau le 26 mai 2008

Son sommeil a duré plusieurs années et c’est le prince charmant qui l’a réveillée. Le cas particulier de cette héroïne des contes de Grimm n’apparaît pas - on s’en doute bien - dans la première étude* intégralement consacrée au sommeil et réalisée par les Pouvoirs publics. Malgré son nom à rallonge “Enquête sur les représentations, les attitudes, les connaissances et les pratiques du sommeil des jeunes adultes en France”, elle suscite l’intérêt car elle brosse le portrait d’une France des 25-45 ans en proie aux problèmes de sommeil. Une question à prendre très au sérieux, car un bon sommeil n’est pas uniquement synonyme de bien-être : il a un impact très important sur le quotidien. Rappelons par exemple que les troubles de la somnolence - qui touchent une personne sur dix - peuvent avoir des conséquences graves : 3 % de l’échantillon a déjà eu un accident lié à la somnolence au volant…

L’étude distingue trois sous populations de dormeurs : les insomniaques (12 % des personnes interrogées), les personnes en dette de sommeil (17 %) et les personnes qui déclarent avoir un sommeil suffisant (71 %). On y apprend que la tranche des 25-45 ans dort 7 heures en moyenne, les personnes en dette de sommeil 5 heures 48 et les sommeils “suffisants” 7 heures 21. Le clan des insomniaques, eux, reste en moyenne 6 heures 41 dans les bras de Morphée, ces derniers ont donc moins un problème de durée de sommeil que de qualité du repos. Il n’est pas surprenant que les personnes en dette de sommeil déclarent avoir davantage de mal que la moyenne à se réveiller le matin (seuls 28 % se réveillent en moins de dix minutes contre 46 % en moyenne).

Vive la sieste

Près des 3/4 des personnes interrogées ont des horaires de sommeil relativement réguliers en semaine et près de 80 % se couchent avant minuit et déclarent s’endormir en 19 minutes. Fait marquant : près d’un tiers des 25-45 ans admet faire une sieste en semaine. la moitié y consacre moins d’une demi-heure et les autres plus d’une demi-heure. Chacun s’accorde pour dire que ce repos quotidien leur permet de retrouver du tonus.

Un message que nos dirigeants d’entreprise pourraient entendre et traduire dans des faits. Par exemple en permettant à leurs salariés de recharger leurs batteries dans leur bureau, sans s’attirer les foudres de leur responsable hiérarchique. Ou même en aménageant un local adapté avec lumière tamisée et musique douce. Comme quoi on peut toujours rêver…

Réveillez-vous : cette chronique soporifique est terminée !

* Etude réalisée par l’institut BVA auprès d’un échantillon de 1004 personnes représentatif de la population française âgée de 25 à 45 ans.

La France du sport et des sportifs

Rédigé par : Joël Chaboureau le 22 mai 2008

Ceux qui pensent que nos concitoyens sont les champions du sport… devant la télévision n’ont pas tout à fait tort. Une enquête* réalisée en 2007 par l’Observatoire du sport FPS-Ipsos auprès de 5 249 individus âgés de 4 à 65 ans représentatifs de la population française montre en effet que regarder la télévision est la première pratique de loisirs (79,9 % d’adeptes). La deuxième activité qui concerne 3 Français sur 4 est “surfer sur Internet”, chiffre à rapprocher de la grosse moitié de foyers équipés d’un ordinateur et d’une liaison à haut débit.

Ils n’ont pas tout à fait raison non plus car plus de la moitié de nos chers compatriotes se remuent vraiment : 51,6 % d’entre nous déclarent pratiquer une activité physique ou sportive, ce qui fait que 39 millions de personnes se dépensent. Les autres loisirs “actifs” viennent plus loin derrière (43,9 % de bricoleurs, 36,2 % de jardiniers, 34,8 % d’adeptes du shopping - qui est une activité hautement remuante, bien des femmes vous le diront…).

Polyvalents et réguliers

A quoi se consacrent les Français qui bougent ? Pour expliquer les chiffres qui suivent, il faut d’abord souligner qu’ils sont réguliers et polyvalents. Près de la moitié (46,7 %) s’y adonnent au moins une fois par semaine et deux Français sur trois (67 %) déclarent pratiquer de une à quatre activités. Ces précautions étant prises, on se lance : 20,7 millions pratiquent le vélo (ce qui recouvre vraisemblablement une pratique sportive, de loisir et de locomotion), 17,3 la natation (une petite moitié plusieurs fois par mois) et 10,1 millions se consacrent aux jeux de boules, à la pétanque et au bowling (un quart des adeptes sont des cadres supérieurs et des professions libérales). Voilà pour le trio de tête. Suivent les pratiquants de la randonnée pédestre et du trekking avec 9,9 millions de convaincus (les gros bataillons sont constitués des plus de 50 ans et les plus réguliers se rencontrent chez les plus de 55 ans) et les Français qui jouent au football (7,5 millions courent à 22 avec conviction après le même ballon…).

Ceux qui ne courent après rien (les adeptes du running dont je fais - avec beaucoup de bonheur - partie) sont presque aussi nombreux : 7,4 millions. Enfin, quand on leur demande quelles sont leurs motivations, on trouve aux extrêmes “se sentir bien” (97,6 %) et en bas de l’échelle “se mesurer aux autres” (23,5 %). Où est donc passé l’esprit de compétition cher à Coubertin ?

* elle vient de paraître dans un ouvrage “Sport et sportifs en France” par Olivier Aubel, Brice Lefèvre et Gary Tribou - mars 2008

Ecran de fumée

Rédigé par : Joël Chaboureau le 21 mai 2008

Nous comptons parmi nos politiques de vrais spécialistes des écrans de fumée. Pratique quand on veut masquer un problème ou brouiller le regard de ses contemporains (la fumée, ça pique les yeux…). L’exemple le plus prestigieux est celui de notre président de la République lui-même. Faite au soir d’une forte mobilisation contestataire, l’annonce de la mise en place d’un service d’accueil obligatoire dans les écoles en cas de grève des enseignants - et je ne juge pas ici de la pertinence de la mesure - a occulté dans tous les médias l’ampleur de la mobilisation. “Fort, très fort,” comme diraient les “Têtes à claques”.

Quand il compare deux chariots remplis avec des produits identiques dans une grande surface française et allemande, Luc Chatel, notre secrétaire d’État à la Consommation, ne fait pas autre chose. Accompagné d’une foule de journalistes et de cameramen, il est allé acheter les mêmes produits dans un hypermarché Auchan de Strasbourg et dans un supermarché Kaufland de la ville allemande de Kehl. Le constat est sans appel : les montants des additions réglées rive gauche et rive droite du Rhin accusent une différence de 14 %. Au profit du supermarché allemand. Et zoom sur une consommatrice française qui remplit sans états d’âme son coffre de voiture en déclarant que les limites de sa conscience citoyenne sont celles de son porte-monnaie.

La puissance des lobbys

Si le constat est sans appel, les conclusions le sont moins qui mettent en cause la densité des grandes surfaces en France alors qu’aucune information ne filtre sur la situation allemande (on ne cite que de la part de marché des magasins à bas prix, dont les grandes enseignes implantées en France - Lidl et Aldi - sont d’origine allemande). Au-delà du Rhin, la densité commerciale est-elle plus élevée qu’ici ? Les négociations commerciales revêtent-elles là-bas les mêmes formes conflictuelles ? Le pouvoir d’achat d’une famille allemande est-il comparable à celle qui prévaut ici ? Quel est le poids des produits choisis dans la consommation des deux familles ? Toutes ces questions, et d’autres qui assoiraient la pertinence de la démarche, resteront sans réponses.

Et pourtant, elles pourraient nourrir le débat de nos représentants qui vont devoir voter la semaine prochaine la loi de modernisation économique. Une des mesures contenues dans ce texte prévoit, pour favoriser la concurrence qu’on veut croire bénéfique car porteuse de baisses de prix, d’étendre la liberté d’implanter des magasins de la limite actuelle de 300 m2 à 1 000 m2. Aveuglés par l’écran de fumée, les parlementaires risquent probablement de voter en prenant en considération l’impact que cette loi pourrait avoir sur leur électorat plus que celui qu’elle aurait effectivement sur le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population.

Inspirez, toussez…

Rédigé par : Joël Chaboureau le 20 mai 2008

On se croyait bien à l’abri de la pollution, calfeutré dans son appartement douillet. Mauvaise pioche ! Une étude de l’Observatoire de l’air intérieur (www.air-interieur.org) démontre que la concentration de certains polluants est largement plus forte à l’intérieur qu’à l’extérieur de chez soi.

On se croyait bien à l’abri dans sa petite auto, toutes fenêtres fermées quand on suit un camion ou un autobus qui crachent une épaisse fumée noire. Manque de pot : généralement, la ventilation de la voiture est placée à l’avant… en prise directe avec le pot d’échappement du véhicule qui précède. Ainsi, des mesures effectuées dans un véhicule transformé en laboratoire scientifique montrent que l’air respiré par les passagers installés à l’arrière d’une voiture est bien plus toxique que celui qu’ils inhaleraient en tant que piétons. D’autant plus qu’une fois dans l’habitacle, les polluants ont du mal à s’éliminer.

En apnée totale

Qu’à cela ne tienne, prenons le métro ou le RER. Horreur ! Les quais sont envahis de particules fines et métalliques produites par le freinage des roues. Ne parlons pas des citadins qui ont choisi le vélo. Jean-Paul Morin, toxicologue à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), estime que pédaler six minutes derrière un bus, c’est dépasser neuf fois le seuil maximum annuel de dioxyde d’azote. Et comme on ne peut pas retenir sa respiration longtemps (j’ai essayé…), il vaut mieux s’abstenir…

Alors, que faire ? En tout cas, surveiller les pics de pollution et, quand l’alerte a sonné sur la qualité de l’air, éviter les gros efforts qui font augmenter sa capacité et son rythme respiratoires. Et se méfier, en ville, de ces belles journées d’été tellement lumineuses en période anticyclonique : l’air est alors beaucoup plus dense et l’absence de vent retient les particules les plus lourdes au niveau du sol. Ce n’est pas le moment de promener son chien. Et autant ne pas se précipiter non plus au volant de son véhicule et en rajouter à son tour au désastre ambiant.

Vous reprendriez bien un bon bol d’air de nos montagnes ?

Bon appétit (bis)

Rédigé par : Joël Chaboureau le 20 mai 2008

Il se passe décidément tous les jours quelque chose au pays de la “bonne bouffe”. Deux études, l’une réalisée par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et l’autre présentée par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) viennent de mettre en évidence l’omniprésence des pesticides dans notre alimentation.

La première étude a porté sur 3 500 échantillons de fruits et légumes prélevés en 2006 par la DGCCRF. Motif de satisfaction : 55,6 % ne contenaient pas de résidus de pesticides, et 38,4 % n’en comportaient pas suffisamment pour se situer au-dessus de la LMR (limite maximale de résidus). Sujet de préoccupation : 6,3 % des échantillons dépassent cette limite et sont donc non conformes. Où les trouve-t-on ? “Essentiellement dans les poivrons, les piments, les lentilles et les aubergines”, nous apprend l’étude qui souligne que les meilleurs élèves de la classe sont les salades, les pommes de terre, les endives, les carottes et les tomates qui “ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne”. Chez les fruits, “les dépassements concernent essentiellement les fraises, les mandarines et les poires”.

Vous voilà soulagé. Pas trop vite ! L’étude de l’Inéris a évalué l’exposition aux pesticides de 130 petits Franciliens. Au moins un produit de ce type se trouvait dans 94 % des logements et 70 % des enfants présentaient au moins un des résidus de produits organophosphorés dans leur urine. In pipi veritas ?

P… dix ans

Rédigé par : Joël Chaboureau le 19 mai 2008

Les 10 ans de la première loi Aubry sur la réduction du temps de travail (dite des 35 heures) est une célébration qui risque de passer plus inaperçue que celle des 40 ans du joli mois de mai, tant parce que la gauche qui l’a fait voter a du mal à l’assumer que parce que la droite, qui l’a - de fait - anesthésiée en utilisant divers artifices sur la législation des heures supplémentaires, ne se résoud pas à l’abroger. On comprend qu’elle soit gênée aux entournures quand on se souvient que les premières incitations à réduire le temps de travail des salariés pour donner un emploi à ceux qui en sont privés (le partage du travail) ont été initiées par les lois Robien, qui n’avaient, il est vrai qu’un caractère incitatif.

Le Parlement ayant voté le 19 mai 1998, une loi portant la durée légale du travail de 39 à 35 heures hebdomadaires au 1er janvier 2000 dans les entreprises de plus de 20 salariés, ces dernières devaient organiser cette évolution par la négociation. Etant retourné à ce moment-là sur les bancs de l’école pendant presque deux ans, je n’ai pas assisté à sa mise en place dans une entreprise, et je ne l’ai découverte, dans son application concrète qu’en mai 2000. Avec, dans mon cas - cadre au forfait -, une première conséquence immédiate, et oh combien sympathique, je n’ai pas eu à attendre un an pour bénéficier de précieux jours de repos : dès le premier mois travaillé, j’avais engrangé - comme l’accord qui me concernait le prévoyait - de quoi me mettre un peu au vert.

Temps de travail contre flexibilité et productivité

Que me reste-t-il aujourd’hui de cette belle euphorie ? Peu de choses si l’on considère que la mémoire est volatile et que les gains de productivité qui ont été demandés par nos entreprises mises à mal par la conjoncture ont alourdi notre quotidien. Il ne me semble pas avoir constaté une inflation dans les effectifs de nos métiers. L’explosion d’Internet et l’évolution des méthodes de production ont sûrement, à mon sens, au moins autant contribué à façonner notre nouveau paysage de travail que les RTT. En revanche, entre les diverses raisons de s’absenter, il est plus difficile de réunir les équipes au complet.

Il n’en reste pas moins que j’aurais du mal à revenir au statut quo ante, préférant personnellement une présence plus dense au travail et davantage de temps libre. Les enquêtes montrent que je ne suis pas le seul. Parmi la grande moitié des salariés concernés par les 35 heures, une majorité se dégage pour penser que ce n’est pas une mauvaise chose. Et les patrons, qui ont souvent négocié durement les accords, ne sont pas prêts à les remettre sur le métier. D’autant plus que certains reconnaissent que l’annualisation du temps de travail a permis d’apporter plus de souplesse dans leur activité.

Bon appétit

Rédigé par : Joël Chaboureau le 16 mai 2008

La double page parue le 16 mai dans le Parisien a de quoi faire saliver les plus blasés d’entre nous. José Luis de Felipe, le directeur du réseau d’alertes alimentaires de l’Union européenne, y répertorie les principales alertes déclenchées en France depuis le début de l’année. Il y en a pour tous les goûts : “On nous a signalé des toxines dans des moules surgelées, dans des amandes et dans des figues. Du mercure a été détecté sur des poissons venant du Sri lanka. Des salmonelles ont été repérées dans des saucisses et du poisson des Pays-Bas. A l’inverse, des huîtres françaises contaminées à l’hépatite A ont été repérées en Italie, des pièces de métal retrouvées dan des barres chocolatées françaises en Angleterre.”

Pas de panique excessive : les produits sont en général retirés de la vente avant de provoquer des catastrophes sanitaires. Il n’empêche. De telles informations - s’il est indispensable de les porter à la connaissance des acheteurs que nous sommes - risquent d’exacerber les inquiétudes et de jeter l’opprobre sur les milliers de produits sains et sur les centaines d’entreprises qui luttent chaque jour pour mettre au point des process exempts de tout défaut.

Trop assistés les pauvres ?

Rédigé par : Joël Chaboureau le 16 mai 2008

La rumeur publique fustige souvent les aides sociales volontiers accusées de détourner de l’emploi les publics qui en bénéficient, sous prétexte qu’ils n’auraient aucun intérêt financier à se lever le matin pour aller gagner leur pain. Et de citer nos voisins européens qui réussiraient mieux que nous - en ne tombant pas dans les mêmes travers - à remettre les assistés sur le chemin de l’autonomie.

Une étude d’Antoine Math, chercheur à l’Ires (Institut de recherches économiques et sociales) vient mettre un sacré coup de canif dans cette théorie. Il a comparé le montant du revenu minimum accordé dans 12 pays européens comparables au niveau de leur développement économique et en parité de pouvoir d’achat (une notion qui permet de mettre tous les pays au même niveau de possibilités financières). La comparaison s’est limitée aux dispositifs pour les ménages d’âge actif (hors personnes âgées, invalides ou handicapées).

Pour un couple sans enfant, le montant du revenu disponible avant les aides au logement va du simple au triple : 466 euros en Allemagne, 475 euros en France à 1015 aux Pays-Bas et à 1302 au Danemark. Pour un couple avec trois enfants, les écarts sont moindres mais significatifs : la France est au bas de l’échelle (993 euros), 9 des 11 autres pays dépassent 1 300 euros - 1 900 euros pour le Danemark.

Comparaison de l’incitation financière à retrouver un emploi

La comparaison du revenu disponible d’un ménage bénéficiant du revenu minimum garanti avec celui du même ménage qui exerce un emploi avec un bas salaire permet de mesurer l’incitation à travailler. Même dans l’hypothèse où la question de retrouver du travail ne serait qu’une question d’offre de travail, c’est-à-dire reposant sur le seul choix de la personne, l’incitation au travail ne peut se réduire aux seuls aspects financiers. Il n’empêche, dans le débat public, les personnes à l’assistance sont soupçonnées se complaire dans cette situation car elles n’auraient rien ou si peu à gagner à reprendre un emploi. Là aussi, contrairement à ce qu’on entend proférer sur le zinc, il apparaît que la France, quelle que soit la configuration familiale étudiée, se retrouve toujours dans les trois pays où l’incitation à reprendre un emploi est la plus forte.

Une étude à avoir présente à l’esprit dans le cadre de la mise en place du Revenu de solidarité active (RSA)…

Le retour de l’an 01

Rédigé par : Joël Chaboureau le 15 mai 2008

En cette période de célébration (pour ce qu’il y a eu de mauvais comme pour ce qui a été positif) de l’anniversaire des 40 ans de mai 1968, un des aspects de la contestation semble passé sous silence : la remise en cause du modèle économique fondé sur la seule croissance.

Ce modèle qui a accompagné la période qui a suivi les années de vaches maigres de la guerre et de l’après-guerre - il faut se rappeler que les tickets de rationnement ont perduré bien après mai 1945… - était légitime dans un pays où tout était à reconstruire. La société de consommation de masse poussait les feux de la production industrielle, attisés par une inflation qui encourageait à l’endettement.

En 1968, on assiste pour la première fois à une remise en cause profonde de cette société de consommation et de ce modèle de développement : c’est l’avènement de la notion de croissance zéro.

Quarante ans après, dans une société globalement équipée de tout le confort et dans laquelle la croissance (réelle) de la population ne modifie les équilibres qu’à la marge, on continue à construire le budget de l’État en pariant sur une croissance et en espérant qu’elle soit au rendez-vous.

Pour l’économiste que je ne suis pas, il semble qu’il y a là un nouveau modèle à inventer. J’ouvre la bourse aux idées…

Les ratés de la parité

Rédigé par : Joël Chaboureau le 14 mai 2008

La photo a charmé les médias : la nouvelle ministre de la Défense espagnole - enceinte de sept mois - passant les troupes en revue. Féminité et martialité dans un face à face étonnant et image emblématique d’un gouvernement composé de plus de femmes que d’hommes. Dans un pays du Sud où il a fallu attendre 1975 et la mort de Franco pour que renaisse la démocratie !

Et non aux postes de figuration : une première vice présidente et porte parole, une ministre de l’Equipement, de l’Education. Et bien d’autres…

La France aux Françaises

En France, l’Observatoire de la parité vient de dresser un bilan des récentes municipales et cantonales qui ne fait pas rêver les citoyens dont je suis : seules quatres présidentes pour 96 départements, seules six femmes maires pour 38 villes de plus de 10 000 habitants. 86,2 % des villes françaises dirigées par des hommes qui trustent 86,9 % des conseils généraux.

“Les partis politiques résistent encore à la parité”, regrette la rapporteure générale de l’Observatoire. Ce n’est rien de le dire. Alors que la loi prévoit que les communes de plus de 3 500 habitants doivent présenter des listes où alternent hommes et femmes et qu’elles doivent compter pour moitié dans les adjoints élus. Il faut dire aussi que la loi ne prévoit pas la parité dans les communes de moins de 3 500 habitants (90 % des municipalités).

A qui la faute ? A la Révolution qui a refusé le droit de vote aux femmes “au nom de leur incapacité naturelle à être dans le règne de la raison ” ou aux ” lois sur la parité ” qui ont été pour l’instant incapables d’inverser le mouvement même si elles ont permis de poser la question du partage du pouvoir ?

Egalité ou équité ?

Rédigé par : Joël Chaboureau le 13 mai 2008

Le débat revient de façon périodique dans le paysage du « philosophiquement correct » : faut-il privilégier l’égalité des citoyens devant les aides ou doit-on choisir la voie plus sinueuse et complexe de l’équité ?

La question mérite d’être posée au regard des dernières propositions concernant les allocations familiales dont le réaménagement - qu’on essaie de nous vendre comme une avancée sociale - ferait faire au passage à l’État (qui en a par ailleurs bien besoin) une économie de 250 millions d’euros par an quand le nouveau dispositif fonctionnera à plein. Les allocations familiales donc sont attribuées aux couples qui ont au moins deux enfants à charge âgés de moins de 20 ans « sans conditions de ressources », égalité oblige…

Jusqu’au 31 décembre 2008, le montant mensuel attribué est de 120,32 euros pour 2 bambins, 274,47 pour 3 et il grimpe de 154,15 euros chaque fois que la fratrie s’enrichit d’une bouche à nourrir supplémentaire.

Jusqu’à un tiers de revenu supplémentaire

Car c’est bien de cela dont il s’agit : les allocations familiales ont été créées pour aider les familles à faire face au surcroît de dépenses induit par ces chères têtes blondes. Dans cette optique, faut-il privilégier (à enveloppe constante) une famille qui dispose d’un revenu à peine supérieur au Smic ou une famille de cadres supérieurs, ces deux familles étant aujourd’hui à égalité de droits ? En supprimant une aide qui représente 5 % du revenu d’une famille aisée (une réduction qui serait presque indolore), on pourrait - avec l’équivalent - augmenter d’un tiers le revenu d’une famille modeste.

Des chiffres à méditer, surtout quand on les replace dans une tendance à la baisse du pouvoir d’achat qui touche en premier lieu les familles modestes…

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