P… dix ans
Rédigé par : Joël Chaboureau le 19 mai 2008Les 10 ans de la première loi Aubry sur la réduction du temps de travail (dite des 35 heures) est une célébration qui risque de passer plus inaperçue que celle des 40 ans du joli mois de mai, tant parce que la gauche qui l’a fait voter a du mal à l’assumer que parce que la droite, qui l’a - de fait - anesthésiée en utilisant divers artifices sur la législation des heures supplémentaires, ne se résoud pas à l’abroger. On comprend qu’elle soit gênée aux entournures quand on se souvient que les premières incitations à réduire le temps de travail des salariés pour donner un emploi à ceux qui en sont privés (le partage du travail) ont été initiées par les lois Robien, qui n’avaient, il est vrai qu’un caractère incitatif.
Le Parlement ayant voté le 19 mai 1998, une loi portant la durée légale du travail de 39 à 35 heures hebdomadaires au 1er janvier 2000 dans les entreprises de plus de 20 salariés, ces dernières devaient organiser cette évolution par la négociation. Etant retourné à ce moment-là sur les bancs de l’école pendant presque deux ans, je n’ai pas assisté à sa mise en place dans une entreprise, et je ne l’ai découverte, dans son application concrète qu’en mai 2000. Avec, dans mon cas - cadre au forfait -, une première conséquence immédiate, et oh combien sympathique, je n’ai pas eu à attendre un an pour bénéficier de précieux jours de repos : dès le premier mois travaillé, j’avais engrangé - comme l’accord qui me concernait le prévoyait - de quoi me mettre un peu au vert.
Temps de travail contre flexibilité et productivité
Que me reste-t-il aujourd’hui de cette belle euphorie ? Peu de choses si l’on considère que la mémoire est volatile et que les gains de productivité qui ont été demandés par nos entreprises mises à mal par la conjoncture ont alourdi notre quotidien. Il ne me semble pas avoir constaté une inflation dans les effectifs de nos métiers. L’explosion d’Internet et l’évolution des méthodes de production ont sûrement, à mon sens, au moins autant contribué à façonner notre nouveau paysage de travail que les RTT. En revanche, entre les diverses raisons de s’absenter, il est plus difficile de réunir les équipes au complet.
Il n’en reste pas moins que j’aurais du mal à revenir au statut quo ante, préférant personnellement une présence plus dense au travail et davantage de temps libre. Les enquêtes montrent que je ne suis pas le seul. Parmi la grande moitié des salariés concernés par les 35 heures, une majorité se dégage pour penser que ce n’est pas une mauvaise chose. Et les patrons, qui ont souvent négocié durement les accords, ne sont pas prêts à les remettre sur le métier. D’autant plus que certains reconnaissent que l’annualisation du temps de travail a permis d’apporter plus de souplesse dans leur activité.


