Le coup du poisson
Rédigé par : Joël Chaboureau le 30 mai 2008Dès que j’ai pu monter dans une voiture, on m’a parlé du “coup du lapin”. Un animal qui ne m’était déjà pas sympathique - il portait le mauvais œil sur les bateaux - et qui me faisait regarder en arrière, guettant la collision qui pourrait être fatale à mes cervicales. On en parle moins maintenant grâce aux effets conjoints de la ceinture de sécurité et des appuie-tête qui se sont généralisés.
Il me semble aujourd’hui que l’on découvre le coup du poisson, un sale coup porté à une des bases - et des plaisirs - de mon alimentation. Les coups pleuvent de toute part. Sur le plan nutritionnel d’abord, quand on découvre qu’une population qui mange du poisson plusieurs fois par semaine concentre plus de pesticides qu’une autre qui en consomme beaucoup moins. Sur le plan de la ressource ensuite, quand on n’arrête pas de lire que, trop pêchées, certaines espèces ne pourront jamais, même si on respecte un moratoire sur leurs captures, revenir à des niveaux antérieurs, la concentration de gamètes mâles étant si faible dans l’eau qu’ils ne peuvent plus féconder les œufs.
Le sale coup des coûts
Et maintenant, c’est le prix du poisson ou plutôt l’écart de prix entre le pêcheur et le consommateur qui pose question. Je cite Luc Blin, de la Fédération des organisations de producteurs de la pêche artisanale : “On n’arrive pas à expliquer au pêcheur comment le prix de son poisson, qui lui est payé 4 à 5 euros en moyenne le kilo, se retrouve à 27 euros en magasins.” Le Figaro de ce matin explique la formation du prix du merlan qui se négocie 1,73 euro le kilo à la criée quand le pêcheur le vend et qui se retrouve à 13,08 euros sur l’étal du poissonnier (source : Protéis pour Ofimer). Il y a sûrement une explication. Mais il faudra être persuasif pour faire accepter un coefficient multiplicateur entre 7 et 8. Sans jeter l’opprobre sur les marges des intermédiaires.
Il est peut-être opportun de réfléchir à une organisation de la filière différente qui permettrait soit à prix de vente identique de mieux rémunérer les pêcheurs - et ils en ont bien besoin pour faire face à la croissance de leurs charges - soit en conservant leur rémunération de mettre cet aliment à la portée de davantage de consommateurs.

