Purificateurs d’air : peut-on s’y fier ?

Purificateurs d’air : peut-on s’y fier ?
La pollution de l’air chez soi est quatre fois supérieure à la pollution extérieure. - © contrastwerkstatt

Poussières, pollens, fumées, solvants, pesticides, moisissures... À la campagne comme en ville, l’air des logements est bien plus pollué que l’air extérieur. Le point sur ces appareils destinés à mieux respirer chez soi. 

Répandus depuis longtemps en Asie et en Amérique du Nord, les purificateurs d’air commencent à s’inviter en France. S’ils s’adressent principalement aux personnes asthmatiques et à celles souffrant d’allergies, ils peuvent aussi intéresser celles et ceux qui vivent dans un environnement très pollué ou qui s’inquiètent de respirer dans leur logement un air qui est, en moyenne, quatre fois plus pollué que l’air extérieur. Si ces appareils sont encore rares – 13 000 vendus en France l’an passé selon l’institut d’études de marchés GFK –, tous les acteurs anticipent un boom des ventes, porté par la préoccupation environnementale et l’échec de la lutte contre la pollution. Les taux de particules observés en ville diminuent moins vite que les ventes de diesel.

« La pollution intérieure ne provient pas seulement de l’automobile, commente Régis Saulnier, conseiller médical en environnement intérieur, gérant de Paris Espace Eco et vendeur de purificateurs d’air depuis trente ans. Elle vient aussi du manque d’information du consommateur. Par exemple, je ne comprends pas que l’on continue à vendre des poêles à pétrole, un mode de chauffage extrêmement nocif. »

Un rapport très critique


Bien que peu diffusés, les purificateurs d’air ont fait l’objet, en octobre 2017, d’un rapport très critique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), et largement repris dans la presse. Son étude porte sur des appareils fonctionnant selon cinq techniques d’épuration de l’air (ionisation-filtration électrostatique, ozonation, plasma froid, plasma-catalyse et photocatalyse) et en pointe les effets nocifs.


« Ceux qui fonctionnent par ionisation ou photocatalyse peuvent émettre de l’ozone, un gaz irritant, nocif pour les asthmatiques, ou générer des formaldéhydes, un des pires polluants de nos intérieurs, en dégradant les éthanols. En fait, la plupart de ces appareils sont suspectés de rejeter dans l’air des éléments secondaires plus ou moins toxiques », résume le docteur Alain Collomb, président de Santé Environnement France (ASEF).

Les appareils filtrants innocentés


Une seule catégorie de purificateurs n’est pas mise en cause par l’Anses. Normal, elle n’a pas été étudiée ni même mentionnée : il s’agit des purificateurs qui reposent sur la seule filtration de l’air. Alors que les appareils évoqués plus haut ne possèdent que des filtres sommaires, les « filtrants » en combinent plusieurs, épais et performants, pour capter jusqu’aux particules les plus fines qui sont les plus nocives. Ce sont les seuls purificateurs qui ne sont pas formellement déconseillés par les médecins et les spécialistes que nous avons interrogés. Mais presque jamais recommandés non plus.

« Ces appareils ne font que brasser l’air dans leur environnement immédiat, considère Fabien Squinazi, docteur en biologie et administrateur de l’association Asthme et Allergies. Et il manque encore une norme qui mesurerait leur efficacité en situation réelle dans un logement, et pas seulement
 leurs performances intrinsèques. » Un point de vue qui résume celui du corps médical français, plutôt hostile, au mieux indifférent, à ce qu’il considère comme des gadgets.

Un avis différent à l’étranger

Dans d’autres pays, les purificateurs sont considérés comme des compléments utiles au traitement des maladies respiratoires. Aux États-Unis, l’Asthma and Allergy Foundation of America accorde son label à certains appareils qui respectent un cahier des charges précis. L’Ecarf (European Center for Allergy Research Foundation) fait de même en Allemagne, pays dans lequel les médecins les recommandent volontiers aux asthmatiques.

« Nous avons mené une étude clinique auprès de personnes souffrant de rhinites allergiques, explique le Dr Karl-Christian Bergmann, spécialiste des allergies à l’hôpital universitaire de la Charité, à Berlin. Il a été établi que, dans une pièce polluée par une quantité prédéfinie de pollens, faire fonctionner 90 minutes un purificateur efficace (NDLR, à la norme Ecarf) peut réduire les symptômes presque à néant. »

Une efficacité dont témoigne Charles Tremblay, dont la famille a emménagé, en juillet dernier, dans un appartement qui avait subi un important dégât des eaux : « À cause des spores de moisissures dans l’air, nous souffrions tous de toux, de démangeaisons, de plaques rouges, et nous dormions très mal.
 En attendant les travaux d’assainissement, nous louons un gros purificateur. Après deux heures
 de fonctionnement, les symptômes commencent à disparaître. »

Des dispositifs efficaces mais pas sur toutes les particules


Enfin, gare aux fonctions bonus.

« Nous ne certifions pas de purificateurs ionisants ou humidificateurs, commente Bernd Janning de l’Ecarf. Les premiers à cause de leurs émissions d’ozone, les seconds car ils favorisent les moisissures et parce que, mal entretenus, ils peuvent devenir de véritables nids à bactéries. »

Finalement, si ces appareils représentent un véritable progrès pour les personnes sensibles, il ne faut pas prendre au pied de la lettre leur appellation « purificateur ». Ils restent inefficaces contre les particules les plus fines, les PM1 de moins de 0,1 μ* qui s’insinuent dans le sang et les organes. Et sont tout aussi impuissants face à l’autre grand ennemi des asthmatiques, les oxydes d’azote (NOx) qu’émettent les voitures et les gazinières. Quant à leur efficacité contre l’autre grande famille de polluants intérieurs, les composés organiques volatils (COV) – vapeurs d’hydrocarbures imbrûlés, d’éthanol, solvants de colle et peinture, composants de produits d’entretien –, cela reste la grande inconnue.

5 points à vérifier avant d’acheter

1. Ne choisissez qu’un appareil filtrant. Résistez aux promesses des purificateurs qui atomisent, ionisent, décomposent ou plaquent au sol la pollution à coups de plasma, d’ondes ou de « rayons ultraviolets à haute intensité ».

2. Privilégiez les appareils portant un label. Celui de l’Ecarf garantit une efficacité et un silence minimum, l’absence d’effets nocifs, un service après-vente efficace, un mode d’emploi clair et la disponibilité des filtres.

3. Demandez à inspecter le filtre HEPA qui doit être très facilement démontable. Plus il est lourd et volumineux, plus il sera efficace, durable... et cher.

4. Préférez les modèles équipés d’un programmateur et d’une télécommande. L’activation à distance par smartphone a également son utilité.

5. Jugez de la facilité à transporter l’appareil d’une pièce à l’autre en fonction de vos besoins.

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