Sortir du chômage de longue durée

Sortir du chômage de longue durée
Diverses associations proposent aux chômeurs un accompagnement gratuit. - © Antonioguillem

Sur les 6,4 millions de personnes inscrites 
à Pôle emploi, plus de 2,7 millions sont sans activité depuis un an ou plus. Pour retrouver le chemin de l’emploi, pas de recette miracle, mais un conseil : ne pas rester isolé !


Pas de culpabilité devant le chômage de longue durée. Il s’est banalisé. En légère amélioration au 4e trimestre 2017, la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi reste de douze mois consécutifs. Notamment, parce que la France vit une révolution numérique qui modifie en profondeur les besoins en compétences des employeurs et que certains territoires connaissent un taux de chômage supérieur à 10 % depuis plus de dix ans (« Quels leviers pour l’emploi ? », rapport publié en mars 2016 par France Stratégie). Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) travaille chaque année avec plus de 4 000 chômeurs de longue durée (à partir d’un an d’inscription) et de très longue durée (à partir de deux ans).

« Chez les personnes que nous accompagnons, l’absence ou l’imparfaite maîtrise des outils numériques est une fracture », observe Vincent Godebout, délégué général de l’association.

Une somme de difficultés

Face au risque de déclassement, la formation professionnelle est régulièrement érigée
 en priorité nationale.

Formation

« En pratique, les dispositifs de formation sont très complexes et leur accès difficile, en particulier quand il faut trouver des financements. De plus, les formations offertes aux chômeurs ne sont pas toujours en adéquation avec les besoins des territoires », analyse Vincent Godebout.

Attitude des recruteurs

Autre dysfonctionnement pointé du doigt, l’attitude des recruteurs. Les lettres de candidature qui restent sans réponse ou qui reçoivent une réponse négative sans explication sont une réalité mal vécue. Chaque année, un cinquième des inscrits à Pôle emploi abandonnent toute recherche, découragés. Et vu les échecs des contrats de génération ou des contrats à durée déterminée seniors, par exemple, le frein à l’embauche que constitue l’âge n’a pas été levé par les incitations financières de l’État.

Sociologue au CNRS, Didier Demazière a enquêté sur les difficultés vécues par les chômeurs. Au-delà des différences de situation (âge, diplôme, etc.), le chômage est un parcours semé d’épreuves d’une durée inconnue. La recherche d’emploi
 est pour beaucoup un job à temps plein dans lequel ils s’investissent avec espoir et énergie. Au début. Puis, à mesure que les refus s’accumulent, la confiance s’effrite... Même les plus diplômés s’étonnent de ne pas rebondir plus vite. L’étude du sociologue livre par ailleurs une conclusion inattendue : les chômeurs qui ont décroché un job ne savent pas dire ce qui a marché pour eux. Ils l’attribuent au hasard et à la chance. La réussite apparaît peu liée à des techniques bien maîtrisées, un comportement plus dynamique ou engagé. En revanche, tous ont en commun d’avoir pu discuter avec des personnes extérieures à leur cercle familial ou amical, précisément parce que ce qu’ils traversent est difficile à partager avec des proches.

S’ouvrir pour saisir les opportunités

Les chômeurs qui s’en sortent ont appris à s’adapter en permanence à la conjoncture et aux circonstances. Quitte à accepter, pour décrocher un CDI ou un CDD, des baisses de salaires de 15 à 30 % et parfois un emploi moins qualifié, lorsque la fin de l’indemnisation approche. Le principal danger du chômage, c’est l’isolement 
et la désocialisation.

Entretenir son réseau professionnel

« J’ai entretenu
 mon réseau professionnel en appelant régulièrement mes relations pour demander des nouvelles et savoir si elles avaient
 des besoins. Sans jamais les brusquer
 mais en essayant, à chaque fois, d’obtenir de nouveaux contacts. Rencontrer des personnes d’horizons différents donne des idées et crée des opportunités », explique Pierre R., responsable marketing dans l’industrie agroalimentaire.

Après avoir accepté une mission, qui a débouché sur un CDD à temps partiel, il a négocié avec une autre entreprise un CDD qui s’est transformé en CDI, au bout de deux ans.

Faire du bénévolat

S’investir dans une activité bénévole est une autre manière de rester actif et de
 se sentir utile. Se faire plaisir contribue tout autant à l’estime de soi.

Le secret : être accompagné

« Les grands sportifs parlent toujours de leur coach. La comparaison vaut pour les chercheurs d’emploi. Il ne faut jamais avoir peur de solliciter de l’aide », conseille Vincent Godebout.

Diverses associations proposent aux chômeurs un accompagnement gratuit (voir Contacts utiles). La promesse ? Offrir un espace de parole neutre, écouter avec bienveillance et respect mutuel.

« Le binôme qui s’est occupé de moi m’a apporté le soutien moral et les réponses que je ne trouvais pas à Pôle emploi. Il m’a rassurée sur mes capacités et aidée à préparer mes entretiens. J’ai suivi ses conseils : être positive et ne pas minimiser ce que je savais faire », explique Audrey M., 40 ans.

Assistante juridique dans un cabinet d’avocat, licenciée économique en mai 2016, elle s’est tournée vers SNC au bout d’un an. Aujourd’hui, elle est en passe de réaliser son projet : intégrer un grand groupe. Son CDD de six mois chez un important bailleur social comme chargée de contentieux vient de s’achever sur la promesse d’un CDI, à ses conditions cette fois, sans baisse de salaire de 30 % par rapport à son précédent emploi.

« L’accompagnement et la formation sont les clés de la réussite pour le retour à un emploi durable », insiste le délégué général de SNC. En 2015, le plan de lutte contre le chômage de longue durée allait dans ce sens avec un renforcement intensif du suivi des chômeurs de longue durée par Pôle emploi et le droit à une formation qualifiante gratuite dans le cadre de la mise en place du nouveau compte personnel de formation. Le parcours emploi compétences présenté en janvier 2018 par la ministre du Travail pour remplacer les contrats aidés et la réforme en cours de la formation professionnelle, aussi.

Rebondir autrement : trouver une structure d’insertion

Lorsque la recherche d’emploi n’aboutit pas, une autre voie est possible par l’intermédiaire de structures d’insertion, comme Envie ou
 La mie de pain. La seconde accompagne des personnes en situation précaire à Paris. Elles travaillent, sont formées et accompagnées au sein de deux chantiers d’insertion dont l’un prépare au diplôme d’agent de restauration. SNC crée et finance également à hauteur de 115 % du Smic des emplois solidaires en CDD dans une structure de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Autre piste, l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée, initiée par ATD Quart Monde. Dix collectivités locales, comme Thiers, Villeurbanne et la métropole de Lille, la mettent en œuvre depuis 2017. Le dispositif propose à un chômeur de longue durée qui le souhaite un emploi en CDI et à temps choisi, rémunéré sur la base du Smic. L’équivalent des indemnités chômage est mobilisé pour financer des emplois dans des activités utiles et non concurrentes des entreprises. En janvier, 420 embauches ont été réalisées. Une seconde expérimentation commencera dans d’autres territoires en 2019.

Contacts utiles

  • Solidarités nouvelles face au chômage propose un accompagnement par un binôme, individualisé et gratuit. 200 groupes de solidarité existent en France, à repérer sur snc.asso.fr ou au 01 42 47 13 41.
  • L’Avarap s’adresse aux cadres. Travail en groupe de six à huit mois pour définir 
un projet professionnel. Participation de 370 €. Sept implantations en France : avarap.asso.fr.
  • Force Femmes accompagne gratuitement les femmes âgées de plus de 45 ans dans leur recherche d’emploi ou de création d’entreprise. Dix antennes régionales : forcefemmes.com. Leur guide pratique vers l’emploi, disponible en ligne, est à recommander à tous.