Comment devenir YouTubeur professionnel ?

Comment devenir YouTubeur professionnel ?
Le maquillage, un thème très abordé sur le site de vidéos. - © Syda Productions

Réaliser des vidéos, les partager, fidéliser un auditoire monstre… Si la mise en ligne sur la plateforme de Google rencontre un tel succès auprès des jeunes, c’est aussi parce que cette expérience peut rapporter des milliers d’euros.

Tous les sujets sont bons

Les YouTubeurs comme les responsables de la plateforme internet le répètent : pour réussir, parlez du sujet qui vous passionne !

« Qu’il s’agisse de niches ou de thèmes universels, tous les contenus peuvent rencontrer leur public sur YouTube, affirme Charles Savreux, responsable de la communication de YouTube France. La première clé du succès, c’est d’être authentique. »

Avant de se lancer avec pour objectif d’en vivre, à terme, il est important de bien identifier son public potentiel. Car, pour la plateforme, le succès d’une chaîne, dont dépend sa monétisation, se mesure au nombre d’abonnés et à la durée de visionnage des vidéos postées.

Le sujet et les compétences techniques orientent le format à choisir. Le « vlog » ou vidéo blog – une personne se filme en train de parler face à la caméra – est le mode le plus répandu car le plus facile à réaliser. La websérie demande davantage de moyens humains et matériels. D’autres types de vidéos ont fait récemment leur apparition : les « DIY » (pour Do it yourself, à faire soi-même), dans lesquels la personne filmée bricole, cuisine, etc., et le « unboxing » ou « hauling » qui consiste à se filmer en déballant des cadeaux ou des achats. Comment avoir une idée de ce qui marche ? L’outil Wiztracker, disponible sur wizdeo.com, facilite les recherches croisées de vidéos par thèmes (humour, jeu, musique, histoire, éducation, etc.), fournit des données sur le nombre de vues et les pays concernés.

Mais gardez à l’esprit qu’un bon référencement des vidéos est l’un des facteurs déterminants d’une forte audience. Or YouTube, racheté par Google en 2006, reste volontairement très mystérieux sur les règles du référencement de ses vidéos. Pour Charles Savreux, « il s’agit d’encourager les YouTubeurs à l’innovation et à la créativité ».

L’équipement nécessaire

Pour un vlog, un téléphone portable peut suffire. Pour une websérie, en revanche, il faut une caméra professionnelle avec un zoom. Ceux qui ont professionnalisé leurs productions se distinguent par la qualité du son et de l’éclairage. Un petit micro-cravate (environ 30 euros) accroché au tee-shirt améliore nettement la portée et la modulation de la voix. Installer la caméra sur un trépied près d’une source de lumière, comme une simple fenêtre, fait aussi la différence. Sur creatoracademy.youtube.com, huit cours interactifs gratuits permettent de développer ses « compétences en production » (composition des plans, effets sonores, fréquences des images, etc.).

Le temps de montage étant au moins 
trois fois supérieur à celui du tournage, attention à bien travailler le script, sinon, vous tournerez beaucoup d’images inutilisables. Sélectionner les bonnes séquences sera
 plus long. Les logiciels gratuits iMovie sur Mac et MovieMaker sur PC permettent de monter ses images de manière simple et propre, avant de s’abonner éventuellement
 à Adobe Première (23,99 euros par mois) pour plus d’effets visuels et sonores.

À noter : pour accéder au YouTube Space (lieu d’apprentissage, de perfectionnement, de création et d’échange), à Paris, il 
faut montrer patte blanche. À partir de
 1 000 abonnés, vous aurez le droit de participer aux ateliers entre YouTubeurs.
 À partir de 10 000 abonnés, à vous les studios de tournage et les postes de 
montage !

Faire grandir sa communauté

C’est le nerf de la guerre pour espérer vivre 
de ses vidéos : chacune doit être partagée 
sur Facebook, Twitter et Instagram. Pour la sociologue Laurence Allard, « les YouTubeurs, en plus d’être auteurs, cadreurs 
et monteurs, doivent devenir community managers (créateurs de liens entre la marque 
et les utilisateurs) pour doper leur popularité. Cette déclinaison de leur identité sur
 différentes plateformes demande beaucoup d’investissement ».

Notamment pour gérer
 les commentaires. YouTube recommande de lancer la conversation, puis de répondre aux messages les plus constructifs. Sans oublier d’établir des filtres dans les paramètres de 
la chaîne pour bloquer les « haters », ces commentateurs qui ne vous veulent pas que du bien.

Trois autres facteurs aident à augmenter les scores. D’abord, dans chaque vidéo, inciter les spectateurs à s’abonner à la chaîne par le discours ou en insérant un bouton cliquable. Ensuite, l’interactivité : interpeller ses abonnés en général, voire en mentionner certains
 dans ses réalisations, crée un sentiment d’appartenance à la communauté. Enfin, YouTube encourage les collaborations entre
 « créateurs ». Inviter un autre YouTubeur à participer à l’une de ses vidéos, c’est conquérir des fans et démultiplier le nombre de vues.

Se plier aux contraintes

Les règles de la plateforme doivent être respectées : pas d’incitation à la haine, de contenu à caractère sexuel, de violence, de menace, de nudité. Sinon, la vidéo peut être supprimée. Attention aussi à l’utilisation de musiques, extraits de films ou d’émissions protégés par le droit d’auteur ! La loi ne l’autorise que dans quelques cas, notamment si les extraits viennent illustrer vos arguments. Tout propriétaire d’œuvre peut envoyer à YouTube une notification de retrait pour atteinte aux droits d’auteur, avant de décider de monétiser ou de désactiver la vidéo utilisant sa production sans son consentement.

Autre impératif, la discipline. Poster des vidéos régulièrement et informer de son calendrier de mise en ligne (une fois par semaine, par mois...) permet de garder son public.

Accepter de s’exposer

S’engager sérieusement dans une telle entreprise nécessite de savoir gérer son exposition publique. Êtes-vous capable de faire face aux critiques ? aux contraintes 
de la notoriété ? Laurence Allard remarque qu’un grand nombre de jeunes YouTubeurs ouvrent une chaîne privée avant de se lancer publiquement : « Ils commencent par partager leurs vidéos avec leur famille, leurs amis. Les plus ambitieux adaptent ensuite leur concept et leurs formats en fonction des retours de leurs proches. » Une façon prudente de mesurer sa motivation et d’aiguiser son propos et son savoir-faire, avant de grimper les échelons sur la toile.

L’argent de la pub

Le programme Partenaire YouTube permet de monétiser ses vidéos grâce à la publicité. Depuis février 2018, il faut 1 000 abonnés, 10 000 vues et totaliser 4 000 heures de visionnage au cours des douze derniers mois pour y accéder. Les recettes publicitaires sont partagées entre YouTube (environ 50 %), le YouTubeur et éventuellement son ayant droit (multi-channel network). En moyenne, 1 000 vues sur une vidéo rapporteraient un euro à son créateur. Les YouTubeurs les plus populaires sont ensuite sélectionnés pour entrer dans le programme Google Preferred, où les tarifs négociés avec les marques sont plus élevés.

Les placements gagnants

Les stars de YouTube gagneraient jusqu’à
 100 000 euros en plaçant le produit d’une marque dans leurs vidéos. Le tweet qui l’accompagne serait payé 1 000 à 15 000 euros. Un procédé légal à condition d’informer le public, selon l’article de loi L 121-1-1, alinéa 11 du Code de la consommation. Il faut pour cela cocher la case « Cette vidéo contient une communication commerciale » dans les paramètres, lors de la mise en ligne, le dire clairement dans la vidéo ou l’inscrire sur l’image.

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